Avatar

i love you, georgia hubley.

@iloveyougeorgiahubley / iloveyougeorgiahubley.tumblr.com

fuckyeahphilippedumez

L’an dernier, je posais six mois de congé sabbatique pour partir à la découverte d’un homme à côté duquel j’étais totalement passé : mon parrain, avec lequel j’avais perdu contact depuis l’adolescence. Je suis allé à la rencontre de sa famille et de ses amis. J’ai ensuite décidé de reprendre une correspondance avec lui, dix ans après sa disparition. Entre le mois de février et le mois de novembre 2016, je lui ai écrit dix-sept lettres. Toutes commencent par la formule que j’utilisais habituellement : « Cher parrain ».

Aujourd’hui je vous propose de recevoir chez vous, dans votre boite aux lettres, chacune des dix-sept lettres dans l’ordre où je les ai écrites, à la fréquence d’une lettre par semaine. « Cher parrain » se présente sous la forme d’un feuilleton, par souscription et par correspondance. Moyennant une cotisation modique (20 euros), je vous posterai tous les vendredis une lettre, que vous devriez à votre tour recevoir le lundi matin. La souscription commence aujourd’hui et pour une durée de 15 jours. Je commencerai les envois le vendredi 15 septembre, pour un marathon qui nous emmènera jusqu’au lundi 08 janvier 2018, date à laquelle vous devriez recevoir le dix-septième courrier.

Vous pouvez m’envoyer dès maintenant le montant de la souscription par paypal à l’adresse cherparrain@gmail.com. J’accepte également les tartes à la rhubarbe et les invitations chez Il Sorriso.   

En rentrant de l’exposition consacrée au Velvet Underground qui se tient à la Philharmonie de Paris jusqu’au 21 août, j’ai eu l’idée d’une autre exposition qui retracerait l’histoire de ma relation passionnelle avec ce groupe. Je l’ai imaginée sous la forme de trente-six tableaux et Jean-Philippe l’a mise en page. C’est A young person’s guide to The Velvet Underground, un fanzine photocopié à 200 exemplaires que je distribuerai ce week-end à l’occasion de deux concerts  : “Exposed : Songs For Unseen Warhol Films” samedi 21 mai à 20h30 et “La Monte Young Tribute Performance” dimanche à 16h30. 

Il y a six mois, j’envisageais de donner une nouvelle chance à un livre épuisé depuis quelques temps. Je reprenais le manuscrit de 39 ans 1/2 pour tous et je le remaniais entièrement : non seulement j’actualisais le récit, mais j’en profitais aussi pour revenir sur l’ancien texte, en tâchant d’enlever du moins bien pour mettre du mieux à la place. 

Je confectionnais une petite dizaine de manuscrits que j’expédiais par la poste. Le Mot et le Reste est le premier éditeur à avoir accusé réception. J’ai proposé que 44 ans 1/2 pour tous soit sous-titré Guide de la basse fidélité, et le sous-titre, raccourci, a éclipsé le titre. La photographie que l’éditeur avait trouvé pour la couverture résumait bien le projet : le fait que la tête du marcheur n’y figure pas signifiait que chacun était libre de glisser la sienne à la place. 

Basse fidélité paraît aujourd’hui au Mot et le Reste, vous pouvez le trouver chez votre libraire ou en ligne. 

Mes premières fois de 2014

Je suis allé assister à un office orthodoxe à l’Église Saint-Serge. J'ai gouté des raviolis grillés porc-choucroute. J'ai suivi un cours de yoga. J'ai déjeuné Chez Pierre, 1 rue Pierre à Saint-Ouen. J'ai remporté aux enchères les photos d'un chien très moche. J'ai surpris une végétarienne commander un hamburger. J'ai invité une anorexique à déjeuner. J'ai mangé des chips dans le même saladier que Gaspard Noé. J'ai découvert qu'une photo de mon anniversaire avait fui sur Twitter. J'ai râpé du panais. J'ai envoyé une lettre de rupture d'amitié. J'ai été au cœur d'un trafic de papier peint vintage. J'ai cuisiné des filets de lieu noir et de la plie. J'ai assisté à un cours de rock pour débutants. J'ai été initié au chocolat au piment. J'ai vu Robert Plant en concert. J'ai mangé des dattes chinoises et la carotte blanche crue. Je me suis promené avec un dictaphone sur lequel j'ai enregistré les idées qui me passaient par la tête. J'ai réalisé un selfie en compagnie de Thomas Dolby. J'ai assisté à un lever de soleil dans le désert. Je suis allé acheter le lit d'un particulier. Je suis allé écouter Monteverdi interprété sur des instruments d'époque dans une église futuriste. Je suis allé totalement par hasard chez Book Off le jour où tous les grands formats étaient bradés à 1 euro. Je me suis cassé une dent sur une praline. Je me suis baigné à poil en public. J'ai essayé de faire comprendre à une pharmacienne allemande qui ne parlait pas un traitre mot d'anglais la phrase suivante : "Quel traitement recommandez-vous pour enrayer un début d'angine ?" J'ai mangé une escalope milanaise aussi grosse que la réplique d'un faucon millénaire. J'ai bu du Wita-Maltz, du Apfelschorle et de la limonade à la rhubarbe. J'ai eu une crampe. J'ai vu "Diabolo menthe" de Diane Kurys. J'ai fait un tour de périphérique à l'arrière d'une DS. J'ai observé la couleur de mes selles après avoir mangé des spaghettis à l'encre de seiche. J'ai acheté de la lingerie aux couleurs de l'union flag. J'ai lu un livre de 634 pages en entier. Je me suis introduit dans un appartement à 2 heures du matin après avoir fait sauter l’entrebâilleur. J'ai craché une canneberge fraîche. J'ai été pris pour un Deschiens. J'ai acheté un traité de chasteté.  J'ai marchandé des clichés de nudistes. J'ai eu envie d'aller prendre en photo le 20 rue Félix Bougeot à Baumes-Les-Dames. Je suis allé me plaindre auprès du boulanger parce qu'il n'y avait pas suffisamment de jambon dans mon sandwich. Je me suis fait confisquer un bouchon en plastique par le limonadier de l'Olympia. J'ai regretté de ne pas savoir faire du hula hoop.

Top 10 des romans abandonnés en 2014

"Hongroise" Eric Holder "Mon grand appartement" Christian Oster " Une dernière fois avant la nuit" Sébastien Berlendis "Une petite robe de fête" Christian Bobin "Insoupçonnable" Tanguy Viel "Pop Heart" Barbara Israel "Opium Poppy" Hubert Haddad "Journal d'un lecteur" Alberto Manguel "Le Cri du sablier" Chloé Delaume "Celle qui ne parle pas" Capucine Ruat

Le soir de Noël est le moment le plus convenu de nos vies. Un carcan aux odeurs merveilleuses, une prison aux couleurs rouge et or. C'est pourquoi certains l'aiment plus que tout, tandis que d'autres le redoutent, mais je crois que la majorité hésite, et change d'avis.

Geneviève Brisac in Une année avec mon père (Éditions de l'Olivier)

Tumblr, I love you but you're bringing me down

Je poste ici depuis janvier 2010, avec une fréquence quasi-quotidienne, mais j'ai l'impression que j'en tire de moins en moins de plaisir et que c'est devenu au mieux une routine, au pire une obligation. Aussi je vais me retirer quelques mois afin de me consacrer à d'autres projets qui me demanderont certainement plus de travail mais qui m'apporteront peut-être plus de satisfactions en échange. Je ne manquerai pas de vous en tenir informés. En attendant, ne faites pas de trop reblog, ça donne du cholestérol.

A Show de Breizh, il avait encaissé quantité de religieuses, dont il apercevait le voile au fond du cabas qu'elles ouvraient pour y glisser les godemichés supergéants en promotion. En hommage à Hoffmann, il donnait aux plus assidues du "Bienvenue sœur Monika. vous qui appréciez les engagements sur la durée, voulez-vous une carte de fidélité ?". Il avait même un temps accroché un panonceau mentionnant des réductions de 25% pour les "militaires, invalides, Bretons et religieux". L'expérience avait cessé quand un aumônier manchot du 3ème régiment naval de Saint-Quay-Portrieux avait exigé de tout emporter gratis.

Emmanuel Pierrat in L'industrie du sexe et du poisson pané (Le Dilettante).

Le Philippe Book Club entame une nouvelle saison ! Pour ceux qui ne connaissent pas, le Philippe Dumez Book Club est une idée originale de Philippe Dumez, dont le principe est limpidement expliqué sous cette note. Résumons : une souscription modique (30€) vous permet de recevoir six ouvrages inédits entièrement faits main pendant environ six mois, suivant un rythme à peu près mensuel. Et c’est tout (pas de cadeau de bienvenue, pas de carte de membre, pas de facebook, pas de twitter, pas de newsletter). La première saison du Philippe (Dumez) Book Club s’est achevée cet été et c’est fort gentiment que son fondateur m’a confié les clés de la maison pour une seconde saison. Le nom change pour l’occasion, on parlera désormais du Philippe Book Club. Un premier titre est en préparation et l’appel est donc officiellement lancé : vous pouvez dès à présent souscrire, via Paypal, chèque, billets soigneusement cachés dans l’enveloppe… pour cette nouvelle saison micro-éditoriale. Vous pouvez m’écrire à cette adresse, philippebookclub[at]sfr.fr, pour les détails pratiques. Au plaisir, - Philippe Guerry - aupetitcommerce.tumblr.com, bonheurportatif.tumblr.com, bondebarras.tumblr.com

J'ai tout fait pour dissuader Philippe Guerry de reprendre le Book Club. Malheureusement, il semblerait que cet idéaliste soit doublé d'un inconscient. Je décline d'emblée tout responsabilité et invite les spectateurs à déterminer d'eux-mêmes si ce spectacle est conseillé à tout type de public.

Elle m'a dit qu'elle avait été l'assistante d'un compositeur de films très connu et qu'elle lui avait un jour mis une claque. Elle m'a dit qu'elle s'était retrouvée un jour coincée entre deux portes de studio avec lui et qu'il avait profité du fait qu'elle ait les bras encombrés par des bandes magnétiques qu'elle transportait pour faire ce qu'il n'aurait pas dû faire. Elle m'a dit qu'elle avait réagi de manière instinctive : elle avait posé les bandes par terre, lui avait mis une claque, avait repris les bandes et avait poussé la seconde porte avec l'épaule. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas eu le temps de se rendre compte de ce qu'elle avait fait et surtout des conséquences de son acte. Elle m'a confié que, chaque jour qui a suivi l'incident, elle s'est attendue à ce qu'on lui notifie son renvoi. Elle m'a dit que jamais il n'avait fait allusion à ce qui s'était produit cette après-midi-là et qu'ils avaient continué à travailler ensemble comme si de rien n'était. Je l'ai menacée de lui mettre la main aux fesses pour lui faire avouer de quel compositeur il s'agissait. Elle m'a conseillé de ne pas essayer. Je n'ai pas insisté.

Pierre et moi

Je suis tombé amoureux fou d'un garçon de 83 ans, entrepreneur, homme d'affaires, chevalier des ordres et des lettres et mécène de surcroit. Je ne le connaissais que de nom avant de faire sa connaissance par DVD interposé. Et j'ai craqué pour sa pudeur et sa distinction.

J'avais acheté le DVD de "L'amour fou" un peu par hasard, sans jamais avoir développé d’intérêt particulier pour Yves Saint-Laurent : vraisemblablement étais-je plus intéressé par l'histoire secrète qui avait unie deux hommes publics. C'était sans me douter que beaucoup de propos de Pierre Berger allait trouver un écho particulier en moi : notamment celui de disperser un jour tout ce qu'on a collectionné. J'ai envié sa détermination. Je me suis attardé sur les bonus du DVD, où Pierre Bergé présente à la caméra les lieux dans lesquels il a vécu avec Yves Saint Laurent.

J'ai appris que le biopic réalisé par Jalil Lespert était largement inspiré de "L'amour fou" : j'ai donc regardé "Yves Saint-Laurent" avec curiosité, notant les nombreux emprunts du long-métrage au documentaire, observant la minutie avec laquelle le réalisateur avait reconstitué à l'identique certaines scènes. Dans le rôle de Pierre Bergé, j'appréciais Guillaume Gallienne : la ressemblance physique n'était pas flagrante mais le personnage restait touchant.

La même semaine, alors que les premières gouttes tombaient sur la rue Ramey, je tombais sur deux ouvrages signés de sa plume : "Lettres à Yves" et "Les jours s'en vont je demeure". Le premier est un journal, celui de l'année suivant la disparition du couturier. Le fait qu'il soit rédigé sous la forme de lettres évoque les billets de blogs. Sans qu'elles soient légion, j'y ai noté quelques coïncidences amusantes entre la vie de l'homme d'affaires et la mienne : notamment quand il parle de cette boite - "petite comme un paquet de cigarettes" - dans laquelle il stocke la musique qu'il écoute et dont j'ai fait l'acquisition il y a quelques semaines. J'ai apprécié la concision du style.

"Les jours s'en vont je demeure" est antérieur d'un septennat à "Lettres à Yves" : l'auteur y consacre de larges notules à des personnalités qu'il a eu l'occasion de croiser tout au long de sa vie. C'est d'abord une mine d'infos biographiques de première main. C'est ensuite l'affirmation d'une curiosité intellectuelle sans limite, puisqu'il y est aussi bien question de Céline que d'Andy Warhol. J'ai regretté de ne pas y voir cité le nom de Philip Glass, dont Pierre Bergé a organisé les premiers concerts parisiens. Ce sont enfin des déclarations d'amour à des disparus qui lui sont chers.

Je ne suis pas encore allé voir le film de Bertrand Bonello : sans doute le souvenir de mon ennui pendant "L'Appolonide" retarde t-il mes pas. Mais j'ai lu le portrait de Pierre Bergé paru au début de l'année dans un célèbre hebdomadaire : l'amateur d'art y est décrit comme diminué par une maladie dont il sait qu'il ne triomphera pas. Avec la même franchise, il raconte comme il a dû faire abaisser les marches de certains de ses escaliers, ses jambes n'étant plus en mesure de les gravir. Il n'élude pas le sujet de sa mort mais continue à profiter des joies qui lui restent. Comme celle de piloter... son hélicoptère.

Plus je découvre Pierre Bergé, plus je trouve en lui un modèle, aussi bien au niveau de l'engouement, de la volonté que de l'introspection. Je n'aurai jamais ni son caractère - décrit, au mieux, comme "autoritaire" - ni son ambition : mais si je pouvais conserver aussi longtemps que lui un enthousiasme intact, j'en tirerais une certaine fierté. Je ne sais pas quelle est la prochaine collection que je m'apprête à disperser, mais je pourrais lui en attribuer la paternité. D'ailleurs mon père s'appelle Pierre, lui aussi. 

Il m'a appris qu'un natif de Buffalo était à l'origine du regain d’intérêt dont bénéficie la musique baroque depuis 30 ans. Il m'a expliqué qu'avant William Christie, les partitions étaient interprétées de manière très scolaire et que c'est lui qui a insufflé le grain de folie qui a ressuscité le mouvement. Il m'a dit que la difficulté, avec le baroque, c'est que les partitions sont très sommaires : aucune indication du nombre de musiciens, de l'apport de choristes... C'est au chef d'orchestre d'inventer le reste. Il m'a dit que si Rameau revenait aujourd'hui, il ne reconnaitrait probablement pas ses œuvres. Il m'a dit que le baroque, c'était un peu comme la mode : ça change tout le temps, ce qui fait qu'il n'a aucun scrupule à retourner écouter des œuvres qu'il a déjà applaudies. Il m'a dit qu'il se ruait sur la mise en vente pour être sûr d'être au premier rang, ou au moins dans les quatre premiers rangs. Il m'a dit qu'il préférait rester chez lui écouter le disque plutôt que d'être assis au fond de la salle. Il m'a expliqué qu'à l'opéra, il ne fait jamais être en loge, puisque le son n'y pénètre pas. Il m'a confié tout le mal qu'il pensait de l'Opéra Bastille, tant au niveau de l'acoustique que du côté iconoclaste de la mise en scène. Il m'a dit qu'il ne comprenait pas ce besoin de remettre dans un contexte actuel le passé, comme transposer l'antiquité dans un bidonville : il trouvait que c'était se moquer du public que de penser qu'il n'était pas capable de faire lui-même le parallèle. Il m'a dit qu'il préférait le CD au vinyle, mais que la vraie différence, c'était au niveau des enceintes. Il m'a confié qu'il préférait écouter certaines pièces symphoniques au casque plutôt que de les entendre déformées. Il m'a dit tout le mal qu'il pensait des enregistrements de Maria Callas et que heureusement la prise de son avait beaucoup évolué depuis. Je lui ai dit que je changeais à Jaurès et que je le reverrais sans doute pour "Bonducca" d'Henry Purcell dans trois semaines. Je lui ai dit que, cette fois-ci, j'ai pris soin d'acheter ma place à l'avance. Même si, si je n'avais pas cherché un ticket à la sauvette, je ne l'aurai probablement jamais rencontré.

You are using an unsupported browser and things might not work as intended. Please make sure you're using the latest version of Chrome, Firefox, Safari, or Edge.